Éphémérides du 6 mai 2020 – Une comète visible à l’œil nu ?

Alors que les astronomes attendaient un spectacle avec la comète C/2019 Y4 (ATLAS), c'est finalement une autre comète, C/2020 F8 (SWAN), qui devrait créer la surprise et pourrait être visible à l’œil nu depuis la France cette semaine !

Elle avait défrayé la chronique il y a quelques semaines, les plus optimistes l’imaginant même comme la “comète de la décennie”, voire la comète du siècle… Mais comme souvent, la comète C/2019 Y4 (ATLAS) a déjoué les pronostics, puisque mi-avril le noyau de la comète s’est fragmenté, réduisant les espoirs de “comète de la décennie” à néant. Mais comme un malheur n’arrive parfois jamais sans un bonheur, fin mars, une nouvelle comète, C/2020 F8 (SWAN) était découverte. Actuellement visible à l’œil nu depuis l’hémisphère Sud, elle devrait devenir visible à partir du 11 mai depuis la France… si tout va bien d’ici-là !

Une comète disparaît...

Découverte le 29 décembre 2019, par le programme de surveillance ATLAS (Asteroid Terrestrial-impact Last Alert System, ou Système d’alerte ultime d’impact d’astéroïde), la comète C/2019 Y4 (ATLAS) a défrayé la chronique puisque certains imaginaient qu’elle puisse devenir visible à l’œil nu, voire même plus brillante que Vénus (visible le soir), ce qui en aurait potentiellement fait la “Comète de la Décennie”, voire la “Comète du Siècle”. Mais c’était oublier l’imprévisibilité de ces objets “chevelus” que sont les comètes…
Une comète nait lorsqu'un noyau cométaire, composé de roches et de glaces mêlées se rapproche du Soleil. Sous l'effet du rayonnement solaire, la glace se sublime, formant une boule de gaz (la coma) autour du noyau cométaire de quelques kilomètres de diamètre. Le gaz et les poussières libérées forment potentiellement deux queues, donnant cet aspect allongé à cet objet.
Car ces astres glacés venus des confins du Système solaire deviennent spectaculaires lorsque la glace que leur noyau contient se sublime (elle passe de l’état solide à l’état gazeux) à leur approche du Soleil. Une boule de gaz de plusieurs dizaine de milliers de kilomètres entoure alors le noyau (qui ne fait lui que quelques kilomètres de diamètre), et une immense queue (de plusieurs centaine de milliers, voire millions de kilomètres) peut ensuite se développer. Mais les noyaux cométaires sont fragiles, et il est difficile de savoir comment ils vont supporter le réchauffement qu’implique ce passage rapproché du Soleil. C’est ainsi que plus de 50 jours avant de passer au plus près du Soleil, celui de la comète C/2019 Y4 (ATLAS) s’est fragmenté en des dizaines de morceaux…
Le télescope spatial Hubble, alors en train de fêter ses 30 années de bons et loyaux services, a immortalisé la fragmentation du noyau de la comète C/2019 Y4 (ATLAS) en avril. Crédit : NASA/HST

...remplacée par une autre !

Car le 25 mars, juste avant que C/2019 Y4 (ATLAS) ne se fragmente, Michael Mattiazzo remarquait, sur les images de l’instrument SWAN (Solar Wind Anisotropies, ou Anisotropies du Vent Solaire) du satellite SOHO (Solar and Heliospheric Observatory, ou Observatoire solaire et héliosphérique) une petite boule floue : C/2020 F8 (SWAN) venait d’être découverte. Très vite, les astronomes se sont rendu compte que sa luminosité augmentaient plus rapidement qu’initialement prévu. Jusqu’à ce qu’elle soit observée à l’œil nu, fin avril ! Aujourd’hui, la comète est observable sans instrument depuis l’hémisphère Sud. Mais à partir du 11 mai, elle devrait être observable sous nos latitudes, même si quelques précautions devront être prises pour pouvoir l’observer au mieux.
La comète C/2020 F8 (SWAN), récemment découverte, est depuis quelques jours observable à l’œil nu et développe une magnifique queue ionisée révélée par cette superbe image de Gerald Rhemann, prise depuis la Namibie. Crédit : Gerald Rhemann, www.astrostudio.at
C/2020 F8 (SWAN) va faire une encartade dans le ciel de l’hémisphère Nord à partir du 11 mai. Elle va passer au plus près de la Terre le 12 (elle sera alors à 83 millions de kilomètres), puis au plus près du Soleil le 27 : c’est le 21 mai qu’elle devrait atteindre son maximum de luminosité, si elle ne se fragmente pas, ou si un événement inattendu ne survient pas, ce qui est toujours possible, puisque cette comète est observée pour la première fois, et que son comportement n’est pas forcément prévisible.
Elle sera observable au-dessus de l’horizon Nord-Est, mais ne va jamais monter très haut dans le ciel : il est donc indispensable de trouver un site d’observation dégagé dans cette direction ! La comète devrait alors apparaître dans le ciel du matin sous forme d’une petit boule floue allongée à l’œil nu. Aux jumelles, une petite queue pourrait commencer à apparaître, qui devrait être mise en évidence par les photographies et les télescopes.
Elle sera dans la constellation des Poissons quand elle va commencer à être observable, avant de migrer dans le Triangle, puis passer dans la constellation de Persée où elle passera très près d’Algol au moment où elle devrait atteindre son maximum de luminosité. Elle filera ensuite vers le Cocher début juin, où elle devrait passer à moins de 1° de la brillante étoile Capella.
Trajectoire apparente de la comète C/2020 F8 (SWAN) depuis nos latitudes. La comète devrait être observable à partir du 11 mai, mais ne montera pas très haut dans le ciel. Horizon Nord-Nord-Est dégagé et dépourvu de pollution lumineuse indispensables pour espérer tirer le meilleur de cette visiteuse venue des confins du Système solaire. Crédit : Guillaume Cannat/Le Guide du Ciel 2019-2020
La principale difficulté pour réaliser cette observation sera la faible hauteur de la comète au-dessus de l’horizon. Un horizon Nord-Nord-Est dégagé sera absolument indispensable ! Le moindre arbre ou le moindre relief va sinon masquer la comète. Étant basse sur l’horizon, sa lumière va également traverser une épaisse couche d’atmosphère : sa luminosité risque d’être atténuée, et même si elle sera théoriquement visible à l’œil nu, une telle performance peut vite virer à l’exploit où être simplement impossible en cas de brume, nébulosités, ou pollution lumineuse à l’horizon. Des jumelles peuvent dès lors être d’une grande aide.
Dans tous les cas, cela vaut le coup de tenter l’observation : les comètes visibles à l’œil nu ne sont pas légions. Et qui sait… C/2020 F8 (SWAN) peut toujours réserver des surprises !

Pendant ce temps-là, au-dessus de l'horizon Sud-Est...

Même si vous êtes concentrés sur l’horizon Nord-Est, n’oubliez pas de regarder ce qui se passe au-dessus du Sud-Est ! Pendant que la comète essaie de se détacher de l’horizon, la Lune rend visite aux planètes Jupiter et Saturne, dans les matinées du 12 et du 13 mai…
Le 12 mai, en fin de nuit, la Lune gibbeuse rend visite au duo de géantes gazeuses composé de Jupiter et Saturne. Crédit image : Stellarium
Le 13 mai, en fin de nuit, la Lune gibbeuse a perdu en volume et s'est décalée vers l'Est, mais reste à proximité du duo de géantes gazeuses composé de Jupiter et Saturne. Crédit image : Stellarium

About the Author: Karl Antier

Karl Antier

Leave A Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *