Éphémérides du 24 juin – Le retour des comètes

Vous vous rappelez peut-être des deux déceptions du printemps avec les comètes ATLAS et SWAN. Une comète récemment découverte pourrait cependant devenir visible à l’œil nu... Des prévisions à prendre avec des pincettes, cependant...

Vous avez voulu voir C/2019 Y4 (ATLAS), et vous n’avez pas vu ATLAS ?
Vous avez voulu voir C/2020 F8 (SWAN), et vous n’avez pas vu SWAN ?
C’est normal, ces deux comètes se sont fragmentées à leur approche du Soleil, malgré les prévisions (trop ?) optimistes…
Peut-être pourrez-vous voir C/2020 F3 (NEOWISE) ! La comète n’est pas directement visible en ce moment, mais vous pouvez suivre son évolution grâce au télescope solaire spatial SOHO.

Une comète récente...

Les comètes sont des astres lointains, généralement confinés dans les zones externes du Système solaire. Les noyaux cométaires sont d’énormes blocs gelés composés de glaces et de roches. Par chance, certains d’entre eux sont parfois perturbés et expédiés vers le Soleil. Lorsque ces noyaux se rapprochent, la glace qu’il contient se met à se sublimer (elle passe directement de l’état solide à l’état gazeux) et entraine avec elle les poussières qu’elle contient. Le noyau cométaire, qui fait généralement quelques kilomètres de diamètre, s’entoure alors d’une chevelure (ou coma) : une boule de gaz de quelques dizaines de milliers de kilomètres de diamètre. Et elle s’orne parfois de deux queues (une, ionique, de gaz et une de poussières), qui peut elle ‘étendre sur des millions de kilomètres !

Structure d'une comète. Le noyau, de quelques kilomètres, n'est jamais visible, mais il est entouré d'une coma (chevelure) de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres de diamètre. La queue de gaz, ionisée, est de couleur bleutée. La queue plus blachâtre est la queue de poussières éjectées qui étaient emprisonnées dans la glace.

Lorsqu’une comète revient régulièrement à proximité du Soleil, on la déclare “périodique”. Son nom est donc accompagné de la lettre P/. C’est le cas de la comète de Halley, dont le matricule officiel est 1P/Halley, puisqu’elle revient à proximité du Soleil tous les 76 ans (ce fut d’ailleurs la première pour laquelle ce fut mis en évidence, par Edmund Halley, d’où son nom). Mais elle n’est pas la seule dans ce cas : autre exemple, une des comètes qui revient le plus régulièrement près du Soleil est la comète 2P/Encke (voir ci-dessous) : elle passe au périhélie (son point de l’orbite le plus proche du Soleil) tous les 3,3 ans.

Le noyau de la comète 1P/Halley photographié par la sonde Giotto de l'ESA, en mars 1986, lors de son dernier passage au plus près du Soleil. Crédit : Esa-Max Planck Institute for Solar System Research

Il arrive cependant que certaines comètes ne soient pas périodiques. C’est-à-dire qu’elle font un passage près du Soleil, puis ne reviendront jamais (leur orbite est dite hyperbolique). Ou que leur période est tellement longue (supérieure à 200 ans) qu’on les considère non-périodique. Dans ce cas, le matricule est différent : il est composé d’une lettre C/, suivie de l’année de découverte, d’une lettre et d’un chiffre, et du nom du découvreur (entre parenthèses). C’est le cas de C/2020 F3 (NEOWISE). La lettre correspond à la quinzaine de la découverte. “A” signifie qu’elle a été découverte la première quinzaine de janvier, “B” la deuxième quinzaine de janvier, etc. Armés de ces indices, vous pouvez ainsi déterminer que C/2020 F3 (NEOWISE) a été découverte pendant la deuxième quinzaine de mars, par NEOWISE, et qu’elle fut détectée presque en même temps que la comète C/2020 F8 (SWAN), découverte le 25 mars 2020. Et vous avez raison ! C/2020 F3 (NEOWISE) a été découverte le 27 mars sur les images du satellites WISE (Wide-field Infrared Survey Explorer) dans le cadre d’un programme de recherche des Near Earth Objects (NEO, c’est-à-dire les satellites qui passent à proximité de notre planète).

La comète C/2020 F3 (NEOWISE) photographiée le 24 juin 2020 dans le champ du coronographe C3 du satellite SOHO. Le Soleile st masqué par le disque bleu foncé au centre, et est indiqué par le cercle blanc. Les étoiles brillantes sont indiquées pour donner une échelle de luminosité par rapport à celle de la comète située en bas du champ. Crédit : SOHO/NASA

Depuis sa découverte, la luminosité de la comète n’a cessé d’augmenter. Elle devrait passer au plus près du Soleil le 3 juillet, et n’est donc pas observable en ce moment, car trop proche du Soleil dans le ciel. Néanmoins, vous pouvez toujours observer son évolution, car elle vient d’entrer dans le champ d’un coronographe C3 du satellite SOHO (Solar and Heliospheric Observatory, qui a récemment découvert sa 4 000ème comète depuis sa mise en service, en 1995) qui observe le Soleil en permanence, depuis le 22 juin. Une arrivée remarquée, puisque la magnitude de la comète est estimée à +3, c’est-à-dire que dans un ciel noir, elle serait visible à l’œil nu ! Elle ne sera pas observable d’ici mi-juillet. Mais si elle survit à son passage rapproché du Soleil (elle sera alors à environ 45 millions de kilomètres du Soleil), elle sera alors toujours observable sans instrument. Mais comme souvent avec les comètes, mieux vaut s’attendre à tout : au meilleur, comme au pire ! En attendant son retour dans le ciel nocturne, vous pouvez suivre son évolution au jour le jour sur les images en temps réel du satellite SOHO.

...et une plus ancienne.

Alors que les yeux sont rivés vers C/2020 F3 (NEOWISE), une autre comète est en passe de passer à proximité du Soleil : 2P/Encke, qui est la comète avec la plus petite période de révolution (3,3 ans), va passer le 25 juin au périhélie. A cette date, elle sera à 50,5 millions de kilomètres du Soleil, et devrait atteindre une magnitude proche de +7. Mais elle ne sera pas observable avant fin août depuis l’hémisphère Nord : cette année ne sera pas celle de 2P/Encke !

About the Author: Karl Antier

Leave A Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *